Quand l'ananas d'un visiteur devient une oeuvre d'art

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En mai 2017 en Ecosse, un étudiant de l’université de Gordon plaça un ananas sur un présentoir vide au milieu d’une exposition d’art contemporain. Quelques jours plus tard, il découvrit que non seulement l’ananas n’avait pas été enlevé, mais avait été mis sous verre et intégré à l’exposition.


Tous les commentaires (83)

a écrit : Là je crois que c'est toi qui prête des intentions à Duchamp. Ce n'est pas si simple, si on s'intéresse à l'histoire de "Fontaine".
En 1912 Duchamp se fait refuser, à Paris, un tableau par une société d'artistes. Le tableau ne sera pas exposé. Il garde cette déconvenue en tête.
(Tableau qui est aujourd'hui au Museum of Art de Philadelphie).
En 1916, il fonde une société d'artistes à New York, très ouverte et très libre sur le principe: on expose tout le monde, y'a pas de jury, du moment qu'on paie un droit d'entrée. Et c'est certainement pour tester l'ouverture d'esprit de ses amis et associés qu'il a envoyé anonymement l'urinoir intitulé "Fontaine" à sa propre société d'artistes. Et il a été refusé par un vote à la majorité, ce qui a entraîné la démission de Duchamp de cette société (sans avouer qu'il était l'auteur de "Fontaine"). Et un autre sociétaire démissione également, Arensberg. C'est de lui que vient l'expression "libéré de sa valeur d'usage" que j'ai utilisé.
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Je ne sais pas si ça a un rapport, mais "valeur d'usage" est un terme appartenant au champ lexical marxiste. Il est opposé à "valeur d'échange", avec dans l'idée que le prix d'un objet (valeur d'échange) n'est pas toujours corrélé à son utilité réelle (valeur d'usage).

La valeur d'usage d'un parapluie par exemple va varier très fortement selon que l'on soit dans un désert ou sous une averse, et sa valeur d'échange va suivre en proportion. On est prêts à payer très cher un parapluie si l'on est sous la pluie.

Mais s'il y a une bulle de l'immobilier par exemple, la valeur d'échange (le prix) des maisons va augmenter énormément sans que leur valeur d'usage (fournir un toit) ne change.

En fait il y a un lien direct avec l'art contemporain et le marché de l'art dont on parlait plus haut. Il existe aujourd'hui un différentiel très marqué entre la valeur d'échange et la valeur d'usage de l'art contemporain. Si un chef d'œuvre conserve sa valeur d'usage dans le temps (parce que intemporel) et donc sa valeur d'échange ce n'est pas le cas des autres œuvres et il est fort possible que certaines retrouvent leur VRAIE valeur d'usage quand leur valeur d'échange sera retombée. J'imagine que l'ananas dont il est question a fini par être mangé.

"Libéré de sa valeur d'usage pour augmenter sa valeur d'échange". Il y a un concept très intéressant là dessous qui mérite réflexion. Je te remercie No Matters.

Après lecture des liens on apprend que l’organisation de l’exposition a été suspectée d’être complice de « l’adoubement artistique » de l’ananas. En effet, la ou les personnes qui ont mis ce fruit sous verre ne se sont pas manifestées. Pourquoi ? Sont-ils partie prenante de la farce ou bien demeurent-elles innocentes et timides ?

a écrit : Je ne sais pas si ça a un rapport, mais "valeur d'usage" est un terme appartenant au champ lexical marxiste. Il est opposé à "valeur d'échange", avec dans l'idée que le prix d'un objet (valeur d'échange) n'est pas toujours corrélé à son utilité réelle (valeur d'usage).

La valeur d'usage d'un parapluie par exemple va varier très fortement selon que l'on soit dans un désert ou sous une averse, et sa valeur d'échange va suivre en proportion. On est prêts à payer très cher un parapluie si l'on est sous la pluie.

Mais s'il y a une bulle de l'immobilier par exemple, la valeur d'échange (le prix) des maisons va augmenter énormément sans que leur valeur d'usage (fournir un toit) ne change.

En fait il y a un lien direct avec l'art contemporain et le marché de l'art dont on parlait plus haut. Il existe aujourd'hui un différentiel très marqué entre la valeur d'échange et la valeur d'usage de l'art contemporain. Si un chef d'œuvre conserve sa valeur d'usage dans le temps (parce que intemporel) et donc sa valeur d'échange ce n'est pas le cas des autres œuvres et il est fort possible que certaines retrouvent leur VRAIE valeur d'usage quand leur valeur d'échange sera retombée. J'imagine que l'ananas dont il est question a fini par être mangé.
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C'est tout à fait ça, le parallèle avec l'analyse de Marx est très pertinent.

a écrit : Ça me fait penser au monochrome de Whiteman dans les 3 frères ^^ Un koundelitch

Mais qu'est ce que ce type foutait avec un ananas dans un musée ?!

a écrit : Mais qu'est ce que ce type foutait avec un ananas dans un musée ?! Hahaha oui en définitive c'est la seule question vraiment pertinente de cette histoire !

Pour revenir à la distinction entre "valeur d'usage" et "valeur d'échange" il existe un cas d'école, celui des billets de banque.

Leur valeur d'échange est très élevée, et elle est inscrite directement sur le billet. Tout le monde échange les billets pour le même prix (valeur d'échange). Mais leur utilité réelle (valeur d'usage), en dernière instance, est juste celle d'un morceau de papier.

L'exrmple le plus frappant à ce sujet est celui de Pablo Escobar lorsqu'il est en cavale et qu'il décide de brûler deux millions de dollars en billets dans sa cheminée pour réchauffer sa fille. Une utilisation directe de leur valeur d'usage par nécessité.

Extrait du "20 minutes" du jour :

Incontournable la FIAC s'installe dans les plus beaux lieux de la capitale. Sous la prestigieuse nef du xxx les visiteurs pourront découvrir les galeries d'art les plus emblématiques de la scène internationale - du début du vingtième aux tendances les plus émergentes - mais aussi partir à la rencontre des œuvres. Du jardin xxx au musée yyy en passant par la place zzz plusieurs installations dialogueront avec le patrimoine parisien.

Ok. Niveau novlangue je m'incline. Partir à la rencontre d'un dialogue avec les œuvres des tendances les plus émergentes c'était au delà de mes capacités. Même pour me moquer je n'aurais pas osé.

La citation est authentique.

a écrit : Extrait du "20 minutes" du jour :

Incontournable la FIAC s'installe dans les plus beaux lieux de la capitale. Sous la prestigieuse nef du xxx les visiteurs pourront découvrir les galeries d'art les plus emblématiques de la scène internationale - du début du vingtième aux tendances les p
lus émergentes - mais aussi partir à la rencontre des œuvres. Du jardin xxx au musée yyy en passant par la place zzz plusieurs installations dialogueront avec le patrimoine parisien.

Ok. Niveau novlangue je m'incline. Partir à la rencontre d'un dialogue avec les œuvres des tendances les plus émergentes c'était au delà de mes capacités. Même pour me moquer je n'aurais pas osé.

La citation est authentique.
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Vous parlez de la version papier ? J’ai lu l’article sur le site web et je ne comprends pas votre message !
www.20minutes.fr/arts-stars/culture/2356663-20181018-fiac-2018-ouvre-paris-art-donne-aussi-banane-off

a écrit : Ça me fait penser au monochrome de Whiteman dans les 3 frères ^^ Et " l'immobile de koendelietzsche"

a écrit : Vous parlez de la version papier ? J’ai lu l’article sur le site web et je ne comprends pas votre message !
www.20minutes.fr/arts-stars/culture/2356663-20181018-fiac-2018-ouvre-paris-art-donne-aussi-banane-off
J'ai abrégé Cnews en 20 minutes, pour moi ce sont les mêmes... Je déteste l'idée même d'un mot comme Cnews je n'ai pas réussi à l'écrire sans y être forcé.

www.google.fr/amp/s/www.cnews.fr/idees-sorties/2018-10-16/fiac-2018-4-oeuvres-contemporaines-decouvrir-paris-797342%3famp

Mon texte est recopié manuellement à partir de la version papier, il manque le mot art quelque part je crois.

a écrit : Mine de rien c'est assez difficile de définir l'art et de différencier l'art de la technique.
Pour me faciliter cela je me suis construit une définition que je vais vous partager :
-L'art est une "vision", c'est avoir quelque chose à exprimer, une intention, un message à
faire passer.
-La technique, le talent, est un biais pour faire passer cette "vision".
-Ainsi, selon moi, un mec qui fait de jolies peintures n'est pas pour autant un artiste car il n'a pas de "vision" derrière ça. Il s'agit d'un peintre doué. Un chanteur qui ne fait que chanteur sans écrire, composer ou insuffler une vrai âme aux chansons qu'il chante est un interprète et non un artiste (genre Ariana Grande).
-Par contre, un individu qui a une réel démarche artistique derrière son oeuvre (du genre Barbara - L'aigle noir ou bien Cat Stevens - Father & sons ou bien Roméo Elvis - J'ai vu) est un artiste.
-Donc pour être artiste il faut obligatoirement la vision. La technique est uniquement nécessaire si tu veux être pris au sérieux, si tu veux prouvé ta vision artistique (car l'art peut être purement personnel). N'importe qui aurait eu les compétences en dessin pour faire du Picasso, mais le fait qu'il ait prouvé par le passé qu'il était un dessinateur de génie, lui a donné la crédibilité nécessaire pour casser les codes et faire une chose nouvelle.
Pour revenir à l'anecdote, l'urinoir à l'envers est une oeuvre artistiques car l'individu (l'artiste) a une vision artistique et on peut l'affirmer car cet individu a prouvé qu'il était talentueux avant de casser les codes.
L'ananas de l'étudiant n'est pas une oeuvre artistique car aucune vision n'est présente derrière, c'était juste une blague. Après peut être l'étudiant avait il une vision artistique, mais il a fait du réchauffé (vu que ça avait été déjà fait avant) donc c'est non. D'où la nécessite d'intégrer les codes avant de les casser.

Je me suis encore lâché, désolé...
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Super merci, tu m’as aidé à comprendre ce qu’est un artiste ! Surtout Picasso car je trouve ses tableaux bien laids!

L'art contemporain est une vaste fumisterie inspirée uniquement par une cupide spéculation. Je suis scandalisé par le fait qu'on nous impose ces laideurs au sein de magnifiques monuments historiques alors qu'il y a suffisamment d'endroit pour les exposer ailleurs. Aucun respect pour nos lieux de mémoire, en plus on ne peut plus s'immerger dans l'époque et les enfants ne comprennent plus rien à la chronologie. À quoi ça rime de mettre un miroir bleu dans un château médiéval ? Snobisme et foutage de gueule d'"artistes" fumistes qui ont compris comment extorquer du fric.
Quant à Bernard Arnault on lui paie sa Rolex à coup de défiscalisations.

a écrit : Ce qui fait la valeur d'une oeuvre d'art est simple, combien de personne sont prêtes à payer pour la posséder et quel prix sont-elles prêtes à mettre. Tout le reste est accessoires. Si du jour au lendemain tout le monde s'accorde à dire que picasso c'est moche et sans valeur, l'art de picasso sera considéré comme médiocre. En revanche si 1000 personnes fortunées sont prête a payer des centaines de milliers pour un pochoir avec une filette qui tien des ballons, cela sera considéré comme une oeuvre majeur. Peu importe la technique ou l'aspect de l'oeuvre. Afficher tout Même si ton analyse est bonne je trouve ça super triste et dommage pour la beauté qui disparaît de ce monde.

Un étudiant dans un musée avec un ananas... Normal...

a écrit : Moi je trouve ça assez génial, mais ce geste n'est pas inédit;

Cet étudiant a sélectionné un objet de la vie quotidienne, lui a arraché sa valeur d'usage originelle et nous amène à y porter un nouveau regard.

C'est l'essence même des "ready made" de Marcel Duchamp
, comme son fameux "urinoir";

Pour ceux qui veulent savoir à quoi ça ressemble:

bavartdages.com/2015/07/14/marcel-duchamp-fontaine-2/
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La Fontaine de Duchamp représente le roi qui tombe lors d'une partie d'échecs. La signification n'a été comprise que très récemment, et expliquée dans la revue XXI. La signature sur l'oeuvre était la clé du mystère...

"...fumistes qui ont compris comment extorquer du fric."

On ne peut pas en vouloir aux fumistes de se faire donner du fric par des andouilles! ^^