Sous la dictature de Ceaușescu en Roumanie, le régime avait tellement peur des tracts qu'il imposa en 1983 l'enregistrement obligatoire des machines à écrire. Posséder cet outil nécessitait alors une autorisation spéciale de la police.
Cette loi ubuesque montre la terreur du pouvoir face à l'écrit. La police secrète (la Securitate) prélevait même un échantillon de frappe de chaque machine afin de pouvoir identifier immédiatement l'auteur du moindre texte subversif.

Commentaires préférés (3)
La plume est plus forte que l'épée !
Bonjour Rene,
L’anecdote est en français et, je pense, se suffit à elle-même pour être comprise ; les sources sont surtout là pour confirmer sa véracité. Or ce point précis est assez peu diffusé en français, probablement parce qu’il s’agit d’un détail très spécifique de l’histoire roumaine. Les meilleures sources directes sont donc roumaines ou spécialisées.
Le texte officiel du décret roumain n°98 du 28 mars 1983 dit notamment :
« Deținerea mașinilor de scris de către persoanele fizice este permisă numai pe baza autorizației eliberate de miliție. »
Traduction : « La détention de machines à écrire par les personnes physiques n’est permise que sur la base d’une autorisation délivrée par la Milice. »
legislatie.just.ro/Public/DetaliiDocument/565
Le même décret précise aussi :
« Persoanele fizice care dețin mașini de scris sînt obligate să depună [...] cîte o fișă cu caracterele literelor, cifrelor și semnelor ortografice. »
Traduction : « Les personnes physiques qui possèdent des machines à écrire sont obligées de déposer [...] une fiche avec les caractères des lettres, chiffres et signes orthographiques. »
legislatie.just.ro/Public/DetaliiDocument/565
Donc oui, les sources directement probantes ne sont pas francophones, mais elles confirment bien le cœur de l’anecdote : autorisation policière obligatoire, enregistrement des machines à écrire et dépôt d’un échantillon de frappe permettant l’identification.
De mon point de vue, les « sources » ont deux rôles :
- Prouver la justesse de l’anecdote et, au besoin, la mieux comprendre car l’espace restreint réservé à celle-ci oblige à une concision qui peut être dommageable.
- Pour ceux que cela intéresse, élargir le sujet, comprendre le contexte et vraiment se cultiver au-delà de l’anecdote.
C’est pour cela que ceux qui sont exclusivement francophones sont un peu frustrés s’ils n’ont pas accès à ces informations.
Dans le cas de cette anecdote roumaine, c’est sûr que tout était dans l’anecdote.
Pour moi, qui n’était déjà plus un gamin en 1989 à l’écroulement du système, au-delà de l’anecdote des machines à écrire, c’est l’occasion de revoir l’histoire de la Roumanie, la dictature des Ceausescu et l’écroulement du régime.
C’est pour cela que des sources en français replaçant l’anecdote dans son contexte sont importantes à mes yeux. Ensuite, c’est à moi de chercher des informations complémentaires si le sujet m’intéresse et cela m’arrive souvent.
C’est ainsi que SCMB est source de culture et pas seulement une collection d’anecdotes.
Pour moi, une anecdote n’a de l’intérêt que si elle est l’introduction à un sujet plus vaste.
Par exemple, la citation des textes réglementaires qui est donnée n’est pas obligatoire mais donne, au passage, un aperçu de la langue roumaine et de ce que peut être une législation autocratique.
Comme quoi, une anecdote assez simple ouvre pas mal de portes.
En tout cas, merci à Jybe qui, à travers une simple mesure, nous rappelle l’effondrement du bloc soviétique et ce que pouvait être une dictature.
Par les temps qui courent, ce n’est de loin pas inutile.
Tous les commentaires (12)
La plume est plus forte que l'épée !
anecdote tellement scientifique qu'il ne pouvait n'y avoir de source qu'en anglais... et pour la traduction par votre navigateur... ce sont des images
1er site : complotiste "c'était mieux avant"
2èmè site : pareil, mais spécialisé dans la ridiculisation des "nouveautés" qui n'ont pas marché
le troisième site est connu surtout au canada, et traduit la plupart de ses articles en français. mais pas celui-là
le quatrième site, Wikipédia en français n’apporte pas de précisions sur l’histoire de la Roumanie et des machines à écrire, c'est un long descriptif de l'action anti-populaire d'une police secrète au ordre d'une tyrannie sans scrupule... mais rien sur les machines à écrire
je passe
Anecdote en relation, au sujet des imprimantes plutôt que des machines à écrire:
Certaines imprimantes mettent un code invisible pour vous retrouver:
secouchermoinsbete.fr/65647-votre-imprimante-lasser-imprime-un-code-invisible-pour-vous-retrouver via @moinsbete
« Si vous aviez une machine à écrire dans les années 80 en Roumanie, vous deviez vous rendre une fois par an auprès de la police pour donner une sorte d'empreinte de votre machine à écrire »
fr.euronews.com/my-europe/2019/12/18/il-y-a-30-ans-la-roumanie-se-soulevait
Bonjour Rene,
L’anecdote est en français et, je pense, se suffit à elle-même pour être comprise ; les sources sont surtout là pour confirmer sa véracité. Or ce point précis est assez peu diffusé en français, probablement parce qu’il s’agit d’un détail très spécifique de l’histoire roumaine. Les meilleures sources directes sont donc roumaines ou spécialisées.
Le texte officiel du décret roumain n°98 du 28 mars 1983 dit notamment :
« Deținerea mașinilor de scris de către persoanele fizice este permisă numai pe baza autorizației eliberate de miliție. »
Traduction : « La détention de machines à écrire par les personnes physiques n’est permise que sur la base d’une autorisation délivrée par la Milice. »
legislatie.just.ro/Public/DetaliiDocument/565
Le même décret précise aussi :
« Persoanele fizice care dețin mașini de scris sînt obligate să depună [...] cîte o fișă cu caracterele literelor, cifrelor și semnelor ortografice. »
Traduction : « Les personnes physiques qui possèdent des machines à écrire sont obligées de déposer [...] une fiche avec les caractères des lettres, chiffres et signes orthographiques. »
legislatie.just.ro/Public/DetaliiDocument/565
Donc oui, les sources directement probantes ne sont pas francophones, mais elles confirment bien le cœur de l’anecdote : autorisation policière obligatoire, enregistrement des machines à écrire et dépôt d’un échantillon de frappe permettant l’identification.
De mon point de vue, les « sources » ont deux rôles :
- Prouver la justesse de l’anecdote et, au besoin, la mieux comprendre car l’espace restreint réservé à celle-ci oblige à une concision qui peut être dommageable.
- Pour ceux que cela intéresse, élargir le sujet, comprendre le contexte et vraiment se cultiver au-delà de l’anecdote.
C’est pour cela que ceux qui sont exclusivement francophones sont un peu frustrés s’ils n’ont pas accès à ces informations.
Dans le cas de cette anecdote roumaine, c’est sûr que tout était dans l’anecdote.
Pour moi, qui n’était déjà plus un gamin en 1989 à l’écroulement du système, au-delà de l’anecdote des machines à écrire, c’est l’occasion de revoir l’histoire de la Roumanie, la dictature des Ceausescu et l’écroulement du régime.
C’est pour cela que des sources en français replaçant l’anecdote dans son contexte sont importantes à mes yeux. Ensuite, c’est à moi de chercher des informations complémentaires si le sujet m’intéresse et cela m’arrive souvent.
C’est ainsi que SCMB est source de culture et pas seulement une collection d’anecdotes.
Pour moi, une anecdote n’a de l’intérêt que si elle est l’introduction à un sujet plus vaste.
Par exemple, la citation des textes réglementaires qui est donnée n’est pas obligatoire mais donne, au passage, un aperçu de la langue roumaine et de ce que peut être une législation autocratique.
Comme quoi, une anecdote assez simple ouvre pas mal de portes.
En tout cas, merci à Jybe qui, à travers une simple mesure, nous rappelle l’effondrement du bloc soviétique et ce que pouvait être une dictature.
Par les temps qui courent, ce n’est de loin pas inutile.
Quand bien même une anecdote ne peut pas toujours tout résumer en 300 caractères, celle écrite ci-dessus nous décrit les bases d'une décision montrant jusqu'où peut aller une Dictature dans sa folie.
Je remercie son auteur pour m'avoir fait revivre un moment de ma jeunesse, quand j'avais lu cette info dans le journal.
Et maintenant, je passe à la partie "technique" de cette anecdote.
Tous les fabricants de machines à écrire mécaniques du monde avaient leur police de caractères. Ces fabricants pouvaient d'ailleurs prendre la décision de changer ou modifier leur police de caractère, quand ils mettaient un nouveau modèle sur le marché.
Généralement, pour les experts en mécanographie, il était possible de "reconnaître la patte" d'un fabricant: marque (Olivetti, Underwood, etc...) et modèle.
Oui mais... si un même modèle de machine à écrire a été vendu à des centaines ou milliers d'exemplaires dans un même pays, bien difficile est de savoir qui est chacun de tous les propriétaires.
Par contre, en imposant la déclaration de possession d'une machine à écrire, ainsi que celle de fournir un échantillon papier, de frappe de tout l'alphabet mécanographié... la Seguritate Roumaine avait alors à sa disposition une sorte de Banque de données nationale, comme le serait une regroupant les empreintes digitales de tous les citoyens.
Aussi: tout comme une empreinte digitale se classifie selon différents patrons communs, un expert en mécanographie peut déjà déterminer le modèle.
Mais de plus, tout comme une empreinte digitale se singularise par d'infimes détails, les caractères d'écriture dactylographiés, ont également ces "détails", qui peuvent provenir d'imperfections durant le moulage, de l'usure d'usage, de rayures sur le métal, de micro dépôts d'encre, etc..
En résumé: si un tract était mécanographié et que dans les archives de la Seguritate était présent l'échantillon exigé par Décret, il était théoriquement possible de retrouver le propriétaire de la machine à écrire, et (peut-être) l'auteur du dit tract.
Merci Jib13 pour ces contributions et j'espère que vous ne vous laisserez pas trop vite des critiques incessantes de Rene1953
Avant l’époque glorieuse des machines à écrire, dans l’établissement où je travaillais, la police a débarqué un jour pour faire un test sur toutes les machines à écrire pour trouver si c’était sur l’une d’elles qu’avait été frappé une lettre anonyme.
Un des policiers m’avait expliqué comment ils procédaient.
Apparemment, ce n’était pas chez nous !
Il ne s'agit pas de DES critiques, mais de UNE critique répétée. Jib13 a eu la gentillesse de reconnaître lui même que, parfois, l'abus de sources en langues étrangères pouvaient dévaloriser la qualité d'une anecdote, et il a indiquer qu'il ferait plus attention par la suite, mais qu'une fois que les anecdotes étaient passées à la moulinette des modérations, on ne pouvaient plus revenir en arrière
c'était en Roumanie?
Ça n'existe plus les pools de mécanographie, et ça n'a manqué à personne. Depuis le début des années 80, chacun s'est mis à devoir saisir lui-même les données qu'il utilisait... quand je me rappelle le climat oppressant que les petits chefs faisaient subir aux dactylos... pire que les "demoiselles des postes"
Effectivement, erreur : au lieu de lire « avant l’époque… », lire « à l’époque… » !
C’était en France, dans les années 1980, mais je n’ai pas connu les pools de dactylos.