Un fruit conçu pour un monde disparu

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L’oranger des Osages produit de gros fruits verts que presque aucun animal sauvage actuel ne mange. Des biologistes pensent qu’ils étaient adaptés à d’immenses disperseurs aujourd’hui disparus, comme la mégafaune du Pléistocène.

Cet arbre aurait donc conservé un fruit conçu pour un monde ancien. Il a pourtant survécu grâce aux humains : son bois était prisé pour fabriquer des arcs, puis l’espèce a été plantée comme haie et clôture vivante.


Commentaires préférés (3)

J'enfonce sans doute une porte ouverte mais... Comment aurait -il donc survécu entre le pléistocène et son utilisation par l'humain ?

a écrit : J'enfonce sans doute une porte ouverte mais... Comment aurait -il donc survécu entre le pléistocène et son utilisation par l'humain ? Il ne faut pas confondre survie et dispersion.
Sans animaux/humains pour disperser les graines, il n'y avait pas d'extension de leur présence mais ils pouvaient survivre là où ils étaient.

a écrit : Oui, très bonne question. En fait, l’arbre a continué à pousser et à se reproduire. Simplement, après la disparition des grands animaux qui transportaient peut-être ses fruits, il s’est probablement moins bien dispersé.

Et il faut ajouter que la fin du Pléistocène, il y a environ 11 700 ans, ne correspond
pas à un monde sans humains en Amérique : ils étaient déjà là, au moment même où beaucoup de grands mammifères disparaissaient.

Donc ce n’est pas vraiment une histoire avec, d’un côté, un ancien monde peuplé de grands animaux, puis beaucoup plus tard l’arrivée des humains. Les deux ont probablement coexisté pendant un certain temps.

Les premiers humains ont peut-être aidé l’arbre à se maintenir ou à se répandre, surtout parce que son bois était très utile pour fabriquer des arcs. Pour les périodes très anciennes, c’est difficile à prouver.

Ce qu’on sait beaucoup mieux, en revanche, c’est que les Amérindiens utilisaient ce bois pour les arcs, puis que l’arbre a été largement planté comme haie vive au XIXe siècle.

Donc l’histoire la plus probable, c’est celle d’un relais progressif : d’abord les grands animaux, puis une reproduction plus locale et moins efficace, puis les humains qui ont fini par prendre une place de plus en plus importante dans sa diffusion et empêchant sa disparition.
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On n'utilise plus vraiment le terme «Amérindien» puisque les peuples autochtones d'Amérique n'ont rien d'indien.

On parle généralement des Premières Nations ou des autochtones du [pays où ils se trouvent] ou, encore mieux, on utilise le nom de la nation en question. Par exemple, j'ai grandi dans un village du Québec situé sur l'ancien territoire attikamekw.

Je sais que je chipote, mais considérant les traitements qui leur ont été réservés au fil des siècles par ceux qui les appelaient les «Indiens», je me dis que c'est un pas que nouspouvons faire.


Tous les commentaires (13)

J'enfonce sans doute une porte ouverte mais... Comment aurait -il donc survécu entre le pléistocène et son utilisation par l'humain ?

a écrit : J'enfonce sans doute une porte ouverte mais... Comment aurait -il donc survécu entre le pléistocène et son utilisation par l'humain ? Il ne faut pas confondre survie et dispersion.
Sans animaux/humains pour disperser les graines, il n'y avait pas d'extension de leur présence mais ils pouvaient survivre là où ils étaient.

a écrit : Il ne faut pas confondre survie et dispersion.
Sans animaux/humains pour disperser les graines, il n'y avait pas d'extension de leur présence mais ils pouvaient survivre là où ils étaient.
Bref, cesser d'être mangés et dispersés n'a pas empêché les fruits de tomber au sol et de germer.

Ça voyage simplement moins vite que dans un ventre de brachiosaure, je suppose!

Le fait qu'ils ne se dispersent plus avec la disparition d'une faune précise devrait nous indiquer à quel point l'équilibre de la biodiversité est fragile. C'est souvent un effet domino, la disparition de telle espèce de carnivore, implique indirectement, la disparition d'une plante située à 500 bornes de leur lieu d'habitation.

Et la réintroduction d'un animal peut avoir des bienfaits inespérés, l'exemple de la réintroduction du loup à Yellowstone est parlant.

En espérant qu'un jour les décideurs s’instruisent et s'intéressent à la problématique globale avant de décider arbitrairement d'éradiquer une espèce qui ne leur revient pas.

a écrit : J'enfonce sans doute une porte ouverte mais... Comment aurait -il donc survécu entre le pléistocène et son utilisation par l'humain ? Oui, très bonne question. En fait, l’arbre a continué à pousser et à se reproduire. Simplement, après la disparition des grands animaux qui transportaient peut-être ses fruits, il s’est probablement moins bien dispersé.

Et il faut ajouter que la fin du Pléistocène, il y a environ 11 700 ans, ne correspond pas à un monde sans humains en Amérique : ils étaient déjà là, au moment même où beaucoup de grands mammifères disparaissaient.

Donc ce n’est pas vraiment une histoire avec, d’un côté, un ancien monde peuplé de grands animaux, puis beaucoup plus tard l’arrivée des humains. Les deux ont probablement coexisté pendant un certain temps.

Les premiers humains ont peut-être aidé l’arbre à se maintenir ou à se répandre, surtout parce que son bois était très utile pour fabriquer des arcs. Pour les périodes très anciennes, c’est difficile à prouver.

Ce qu’on sait beaucoup mieux, en revanche, c’est que les Amérindiens utilisaient ce bois pour les arcs, puis que l’arbre a été largement planté comme haie vive au XIXe siècle.

Donc l’histoire la plus probable, c’est celle d’un relais progressif : d’abord les grands animaux, puis une reproduction plus locale et moins efficace, puis les humains qui ont fini par prendre une place de plus en plus importante dans sa diffusion et empêchant sa disparition.

a écrit : Bref, cesser d'être mangés et dispersés n'a pas empêché les fruits de tomber au sol et de germer.

Ça voyage simplement moins vite que dans un ventre de brachiosaure, je suppose!
les brachiosaures n'ont pas connu cet arbre, apparu bien après la disparitions des dinosaures
Les animaux géants qui auraient - car en fait ce n'est qu'une théorie basée sur un raisonnement - sont d'anciens mammifères aujourd'hui disparus

a écrit : Oui, très bonne question. En fait, l’arbre a continué à pousser et à se reproduire. Simplement, après la disparition des grands animaux qui transportaient peut-être ses fruits, il s’est probablement moins bien dispersé.

Et il faut ajouter que la fin du Pléistocène, il y a environ 11 700 ans, ne correspond
pas à un monde sans humains en Amérique : ils étaient déjà là, au moment même où beaucoup de grands mammifères disparaissaient.

Donc ce n’est pas vraiment une histoire avec, d’un côté, un ancien monde peuplé de grands animaux, puis beaucoup plus tard l’arrivée des humains. Les deux ont probablement coexisté pendant un certain temps.

Les premiers humains ont peut-être aidé l’arbre à se maintenir ou à se répandre, surtout parce que son bois était très utile pour fabriquer des arcs. Pour les périodes très anciennes, c’est difficile à prouver.

Ce qu’on sait beaucoup mieux, en revanche, c’est que les Amérindiens utilisaient ce bois pour les arcs, puis que l’arbre a été largement planté comme haie vive au XIXe siècle.

Donc l’histoire la plus probable, c’est celle d’un relais progressif : d’abord les grands animaux, puis une reproduction plus locale et moins efficace, puis les humains qui ont fini par prendre une place de plus en plus importante dans sa diffusion et empêchant sa disparition.
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On n'utilise plus vraiment le terme «Amérindien» puisque les peuples autochtones d'Amérique n'ont rien d'indien.

On parle généralement des Premières Nations ou des autochtones du [pays où ils se trouvent] ou, encore mieux, on utilise le nom de la nation en question. Par exemple, j'ai grandi dans un village du Québec situé sur l'ancien territoire attikamekw.

Je sais que je chipote, mais considérant les traitements qui leur ont été réservés au fil des siècles par ceux qui les appelaient les «Indiens», je me dis que c'est un pas que nouspouvons faire.

a écrit : On n'utilise plus vraiment le terme «Amérindien» puisque les peuples autochtones d'Amérique n'ont rien d'indien.

On parle généralement des Premières Nations ou des autochtones du [pays où ils se trouvent] ou, encore mieux, on utilise le nom de la nation en question. Par exemple, j'
;ai grandi dans un village du Québec situé sur l'ancien territoire attikamekw.

Je sais que je chipote, mais considérant les traitements qui leur ont été réservés au fil des siècles par ceux qui les appelaient les «Indiens», je me dis que c'est un pas que nouspouvons faire.
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Oui en effet,
Je suis assez d'accord.
Dans la longue liste des injustices de l'histoire les natifs c'est un cas d'école
Et le problème, c'est que le terme est tellement entré en vigueur que perso je vais avoir du mal à piger si on dit juste natif (sans le contexte ) ou si on évoque une nation peu connue.
Mais c'est une historie fascinante.
J'invite à écouter un épisode de Nota Bene sur le sujet.

D'ailleurs faudrait que je lise des trucs sur la législation des réserves aux USA.
C'est tellement étrange, le témoignage actuel d'un pan de l'histoire qui paraît super loin mais qui est super proche

L’hypothèse évoquée dans l’anecdote avec l’oranger des Osages est un exemple de ce que l’on appelle l’anachronisme évolutif : l’idée qu’une espèce puisse conserver des caractères hérités d’un monde disparu, comme si elle gardait en elle la mémoire d’anciens équilibres écologiques.

L’avocat est souvent cité dans ce registre : son très gros noyau paraît mal adapté à la plupart des animaux actuels, mais il aurait pu être dispersé autrefois par de grands mammifères capables d’avaler le fruit entier, comme certains paresseux géants ou proboscidiens.

La papaye pourrait en être aussi un exemple : ses gros fruits charnus auraient probablement trouvé de bien meilleurs disperseurs parmi la mégafaune sud-américaine qu’au sein de la faune actuelle.

Et ce phénomène ne concerne pas seulement les plantes : l’antilope d’Amérique, ou pronghorn, court à une vitesse impressionnante (pas loin de 100km/h) , vitesse qui semble inhabituellement supérieure à celle de ses prédateurs actuels. Une hypothèse est qu’elle aurait gardé cette capacité d’une époque où elle devait fuir des prédateurs beaucoup plus rapides, comme le guépard américain, aujourd’hui disparu.

C’est fascinant que la diversité du vivant garde ainsi une certaine forme de mémoire du passé : certaines formes, certaines graines, certaines vitesses ou certaines stratégies ne se comprendrait vraiment qu’en les reliant aux écosystèmes disparus dans lesquels elles ont évolué, il y a parfois plus de 10 000 ans.

a écrit : J'enfonce sans doute une porte ouverte mais... Comment aurait -il donc survécu entre le pléistocène et son utilisation par l'humain ? La présence des humains sur le Continent Américain, date d'il y a au moins 33 000 ans. Il est supposé (non certifié) que son entrée a eu lieu par la mer, sur les côtes du Pacifique, soit en actuels États-Unis, soit du Mexique.

La mégafaune Américaine (paresseux géants, gliptodontes, mastodontes, etc...) ont disparu aux alentours de la fin du Pleistocène (12 700 ans). Par exemple, les derniers megatheriums (paresseux géants) se sont éteints il y a 11 000 ans, et les mastodontes, un millénaire plus tard.

Entre l'arrivée des premiers humains et la disparition des ultimes espèces animales de la mégafaune, il s'est donc passé + ou - 20 000 ans de coexistence. L'homme aurait eu une importance prépondérante dans leurs extinctions.

Parmi les près de 150 espèces de fruits actuellement consommées et originaires du Continent Américain, il est estimé que le 3/4 avait à l'origine, évolué pour être la consommation idéale de cette mégafaune... et donc être ces mastodontes, paresseux géants, gliptodontes et autres, des vecteurs importants pour la dissémination de leurs graines. Afin d'être le plus attractifs possibles, ces espèces végétales avaient évolué pour être une source importante de glucides (sucres) ou encore de lipides (graisses végétales). On peut par exemple citer l'avocat (le fruit frais le plus calorique au monde). La cabosse du cacaoyer en est un autre.

"El Gigante" est une grotte du Honduras. Elle a été occupée par les humains sur une très longue période commençant il y a 11 000 ans. Ces populations Natives nous ont laissé des tonnes de détritus... dont des noyaux et la peau d'avocats. Telles des couches géologiques, l'accumulation des détritus nous expliquent l'évolution de la consommation de ce nutritif fruit: il y a 11 000 ans, il n'était que récolté comme fruit sauvage.
Il y a 7500 ans, les avocats ont une graine plus grosse, sont plus charnus, et leur peau est également plus épaisse. Ceci est dû au fait que les populations ont déjà commencé à cultiver les avocatiers, sélectionnant les plus gros et plus charnus en pulpe. Quant à la peau plus épaisse, elle correspond à une volonté de pouvoir mieux les conserver, et/ou de les transporter.

En conclusion: il s'émet l'hypothèse que l'Homme ayant vu et participé à la disparition de la mégafaune, s'est substitué à la survie de dizaines d'espèces végétales, en adaptant un régime alimentaire plus végétal, au point d'améliorer des dizaines d'espèces, par domestication.

NB: je vous ramène vers le commentaire d'hier de @Tybs, se demandant quelles sont les milliers d'histoires se cachant derrière chaque aliment aujourd'hui à notre disposition, quand nous cuisinons accompagnés de nos enfants ou non.
Vous pourrez donc leur parler de celle de l'avocat composant une salade avocate crevettes, ou du guacamole.

a écrit : L’hypothèse évoquée dans l’anecdote avec l’oranger des Osages est un exemple de ce que l’on appelle l’anachronisme évolutif : l’idée qu’une espèce puisse conserver des caractères hérités d’un monde disparu, comme si elle gardait en elle la mémoire d’anciens équilibres écologiques.

L’avocat est souvent cit
é dans ce registre : son très gros noyau paraît mal adapté à la plupart des animaux actuels, mais il aurait pu être dispersé autrefois par de grands mammifères capables d’avaler le fruit entier, comme certains paresseux géants ou proboscidiens.

La papaye pourrait en être aussi un exemple : ses gros fruits charnus auraient probablement trouvé de bien meilleurs disperseurs parmi la mégafaune sud-américaine qu’au sein de la faune actuelle.

Et ce phénomène ne concerne pas seulement les plantes : l’antilope d’Amérique, ou pronghorn, court à une vitesse impressionnante (pas loin de 100km/h) , vitesse qui semble inhabituellement supérieure à celle de ses prédateurs actuels. Une hypothèse est qu’elle aurait gardé cette capacité d’une époque où elle devait fuir des prédateurs beaucoup plus rapides, comme le guépard américain, aujourd’hui disparu.

C’est fascinant que la diversité du vivant garde ainsi une certaine forme de mémoire du passé : certaines formes, certaines graines, certaines vitesses ou certaines stratégies ne se comprendrait vraiment qu’en les reliant aux écosystèmes disparus dans lesquels elles ont évolué, il y a parfois plus de 10 000 ans.
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Je me permet de rectifier ce que vous écrivez, à propos de l'avocat.
Certes cet l'arbre était alors représenté par trois espèces différentes et son aire de répartition était bien plus répandue (toute l'Amérique Centrale et tout le nord de l'Amérique du Sud) à la fin du Pleistocène, mais les noyaux n'étaient alors pas plus gros qu'une cerise actuelle (noyau et chair de celle-ci). C'est à partir du moment de la domestication, que le noyau de l'avocat augmente de taille, arrivant à celui d'un abricot, quelques millénaires plus tard (il y a 4500 à peu près).

a écrit : L’hypothèse évoquée dans l’anecdote avec l’oranger des Osages est un exemple de ce que l’on appelle l’anachronisme évolutif : l’idée qu’une espèce puisse conserver des caractères hérités d’un monde disparu, comme si elle gardait en elle la mémoire d’anciens équilibres écologiques.

L’avocat est souvent cit
é dans ce registre : son très gros noyau paraît mal adapté à la plupart des animaux actuels, mais il aurait pu être dispersé autrefois par de grands mammifères capables d’avaler le fruit entier, comme certains paresseux géants ou proboscidiens.

La papaye pourrait en être aussi un exemple : ses gros fruits charnus auraient probablement trouvé de bien meilleurs disperseurs parmi la mégafaune sud-américaine qu’au sein de la faune actuelle.

Et ce phénomène ne concerne pas seulement les plantes : l’antilope d’Amérique, ou pronghorn, court à une vitesse impressionnante (pas loin de 100km/h) , vitesse qui semble inhabituellement supérieure à celle de ses prédateurs actuels. Une hypothèse est qu’elle aurait gardé cette capacité d’une époque où elle devait fuir des prédateurs beaucoup plus rapides, comme le guépard américain, aujourd’hui disparu.

C’est fascinant que la diversité du vivant garde ainsi une certaine forme de mémoire du passé : certaines formes, certaines graines, certaines vitesses ou certaines stratégies ne se comprendrait vraiment qu’en les reliant aux écosystèmes disparus dans lesquels elles ont évolué, il y a parfois plus de 10 000 ans.
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J'allais justement parler de l'avocat.
D ailleurs cest l'un des rares fruits à etre grasse plutot que sucrés (que le mega paresseux preferait).

Ici à Mayotte, ce sont les roussettes (grosses chauves souris frugivores) qui dévorent les papayes (pas en une bouchée mais plusieurs) et qui dispersent les graines sur tout mayotte.
Le maki lemur fauve aussi mangent la papaye et disparaissent aisément les graines.