Le Setun, ordinateur ternaire soviétique (trois valeurs possibles pour ses calculs), était 2,5 fois moins cher et plus rapide que les modèles binaires occidentaux. Produit à 46 exemplaires (1959-1965), fiable et facile à réparer, son déclin fut causé par l'arrivée du M-20 mais aussi, car les universitaires soviétiques freinèrent sa production.

Commentaires préférés (3)
Mais quelle merveilleuse idée. Pourquoi est-il tombé en disgrâce ? Ce n'est pas précisé sur la seule source qui fonctionne. Plus efficace, plus rapide, moins gourmand en matériaux, plus philosophiquement proche de la pensée humaine. Bizarre ...
Voilà ce que j'ai trouvé :
1. La politique interne et l'opposition de la bureaucratie universitaire
L'équipe de Broussentsov travaillait au sein du Centre de calcul de l'Université de Moscou (MSU), mais la direction du centre privilégiait les grands calculateurs conventionnels binaires (comme la série des M-20).
Les bureaucrates et certains universitaires considéraient le Setun comme un « projet d'étudiants » sans grande valeur doctrinale, et non comme la norme nationale. La direction de la MSU a fini par restreindre l'accès de Broussentsov à ses propres laboratoires et a freiné l'attribution de ressources pour son développement.
2. L'absence de soutien industriel centralisé (la planification soviétique)
En URSS, pour qu'un produit soit fabriqué à grande échelle, il devait s'inscrire dans le plan quinquennal géré par le Ministère de l'Industrie radioélectronique.
L'usine Kazan Mathematical Machines Plant, chargée d'assumer la production du Setun, préférait fabriquer des machines binaires plus volumineuses, plus complexes et surtout plus chères.
Dans le système économique soviétique, la rentabilité de l'usine dépendait de la valeur financière totale des biens produits : fabriquer des ordinateurs simples et économiques faisait baisser le chiffre d'affaires théorique de l'usine, ce qui allait à l'encontre des intérêts des directeurs d'usine !
3. La pression pour la standardisation avec l'Occident
À partir des années 1960 (et encore plus à la fin de la décennie avec le projet ES EVM), la stratégie informatique globale de l'Union soviétique s'est orientée vers le clonage des architectures occidentales établies (principalement l'architecture IBM System/360).
L'informatique ternaire, bien qu'élégante mathématiquement et efficace techniquement, était isolée. Il n'existait pas d'écosystème logiciel ou de composants internationaux compatibles, ce qui a poussé les décideurs à tout miser sur le binaire pour harmoniser les standards.
4. Le Setun 70 : un chant du cygne ignoré
Broussentsov a pourtant conçu une version améliorée en 1970 (le Setun 70), dotée d'une architecture de programmation structurée très en avance sur son temps. Mais les autorités universitaires ont rejeté le projet et l'unique prototype a été relégué au rang d'outil pédagogique.
En somme, ce n'est pas un échec technique ou scientifique qui a tué le Setun, mais la bureaucratie soviétique, les incohérences de la planification industrielle et la volonté de standardiser l'informatique sur le modèle binaire dominant.
Absolument pas. J’ai soumis cette anecdote et une semaine après environ, celle que vous citiez était publiée.
Vous avez une bonne mémoire en tout cas.
Tous les commentaires (8)
Mais quelle merveilleuse idée. Pourquoi est-il tombé en disgrâce ? Ce n'est pas précisé sur la seule source qui fonctionne. Plus efficace, plus rapide, moins gourmand en matériaux, plus philosophiquement proche de la pensée humaine. Bizarre ...
Voilà ce que j'ai trouvé :
1. La politique interne et l'opposition de la bureaucratie universitaire
L'équipe de Broussentsov travaillait au sein du Centre de calcul de l'Université de Moscou (MSU), mais la direction du centre privilégiait les grands calculateurs conventionnels binaires (comme la série des M-20).
Les bureaucrates et certains universitaires considéraient le Setun comme un « projet d'étudiants » sans grande valeur doctrinale, et non comme la norme nationale. La direction de la MSU a fini par restreindre l'accès de Broussentsov à ses propres laboratoires et a freiné l'attribution de ressources pour son développement.
2. L'absence de soutien industriel centralisé (la planification soviétique)
En URSS, pour qu'un produit soit fabriqué à grande échelle, il devait s'inscrire dans le plan quinquennal géré par le Ministère de l'Industrie radioélectronique.
L'usine Kazan Mathematical Machines Plant, chargée d'assumer la production du Setun, préférait fabriquer des machines binaires plus volumineuses, plus complexes et surtout plus chères.
Dans le système économique soviétique, la rentabilité de l'usine dépendait de la valeur financière totale des biens produits : fabriquer des ordinateurs simples et économiques faisait baisser le chiffre d'affaires théorique de l'usine, ce qui allait à l'encontre des intérêts des directeurs d'usine !
3. La pression pour la standardisation avec l'Occident
À partir des années 1960 (et encore plus à la fin de la décennie avec le projet ES EVM), la stratégie informatique globale de l'Union soviétique s'est orientée vers le clonage des architectures occidentales établies (principalement l'architecture IBM System/360).
L'informatique ternaire, bien qu'élégante mathématiquement et efficace techniquement, était isolée. Il n'existait pas d'écosystème logiciel ou de composants internationaux compatibles, ce qui a poussé les décideurs à tout miser sur le binaire pour harmoniser les standards.
4. Le Setun 70 : un chant du cygne ignoré
Broussentsov a pourtant conçu une version améliorée en 1970 (le Setun 70), dotée d'une architecture de programmation structurée très en avance sur son temps. Mais les autorités universitaires ont rejeté le projet et l'unique prototype a été relégué au rang d'outil pédagogique.
En somme, ce n'est pas un échec technique ou scientifique qui a tué le Setun, mais la bureaucratie soviétique, les incohérences de la planification industrielle et la volonté de standardiser l'informatique sur le modèle binaire dominant.
Je me demande si Patrick1984 a eu son inspiration de l’anecdote de Septembre: secouchermoinsbete.fr/98814-les-ordinateurs-n-ont-pas-tous-ete-binaires
Peut-être pas : l'anecdote que tu cites parle d'ordinateur "trinaire", synonyme bien moins répandu de ternaire.
Absolument pas. J’ai soumis cette anecdote et une semaine après environ, celle que vous citiez était publiée.
Vous avez une bonne mémoire en tout cas.
Super. Ce n’était aucunement une critique hein, au contraire, j’adore apprendre qu’une anecdote a attiré l’attention d’un lecteur au point qu’il peut s’inspirer des détails pour en faire une autre anecdote. Et dans ce cas précis, c’est simplement que c’est rare à 1 mois d’intervalle de parler du Setun, ma mémoire n’a aucun mérite.
D’ailleurs félicitations pour ta série d’anecdotes, j’espère que tu en as d’autres en attente !
Je m'attendais à ce qu’une personne tique vu qu’une anecdote similaire avait déjà été postée. Je n’ai pas mal pris la remarque. Pour ma part, j’avais lu un article qui en parlait et j’ai voulu partager l’information.
J’ai soumis d’autres anecdotes mais beaucoup sont refusées car déjà publiées.
Oui, il faut prendre le temps de faire 3-4 recherches avant de penser à soumettre une anecdote, avec près de 19000 anecdotes déjà publiées il y a des risques de faire un doublon.
Et pourtant, parfois, on s’aperçoit que des choses originales qu’on connaît personnellement depuis toujours n’ont jamais été publiées, donc il y a encore de quoi faire !