Au Salon des Indépendants de 1910 fut exposée une peinture nommée "Coucher de soleil sur l'Adriatique" du peintre Boronali. Certaines critiques s'enthousiasmèrent devant l'abstraction de cette oeuvre sans savoir qu'elle n'était que le résultat des mouvements d'un pinceau accroché à la queue d'un âne, à qui on avait donné des feuilles de tabac et des carottes pour lui faire remuer la queue.
Le but de cette opération était de dénoncer ce que Walter Benjamin appelle "la valeur d'exposition". Tout comme un Marcel Duchamp qui exposait un urinoir renversé ou une roue de vélo pour se moquer des musées, Borgelès, un des initiateurs de ce canular, déplorait qu'un beau cadre, de préférence doré, exposé au public, suffise à constituer pour le public une oeuvre d'art.

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Y'a un béluga qui fait ça aussi, mais dans un parc aquatic, et devant les visiteurs. (il tient le pinceau dans sa bouche!)
D'ailleurs, Boronali est l'anagramme d'Ali Boron, l'âne qui donnait de l'or selon la légende.
Le plus savoureux dans l'affaire Boronali, c'est que la farce n'a rien réglé : le tableau a été exposé, vendu au profit d'une œuvre de charité, et il est aujourd'hui conservé comme une pièce d'histoire de l'art à part entière. Roland Dorgelès voulait ridiculiser les avant-gardes, il leur a offert une relique.
Le débat n'a pas bougé d'un pouce depuis 1910, il a juste changé de support. On l'a rejoué avec les toiles monochromes, puis avec les pochoirs de rue, qu'on traitait de vandalisme il y a trente ans et qu'on retrouve maintenant imprimés en grand format au-dessus des canapés, chez des éditeurs comme www.iconik-art.com/collections/tableaux-pop-art-street-art qui vendent ça à des gens très sérieux.
Moralité : ce qui fait qu'un truc devient de l'art, ce n'est ni le pinceau ni la queue de l'âne, c'est le cadre qu'on met autour. Boronali l'avait démontré avant tout le monde.